Dans les sacs et les garde-robes : les portraits de Lara Weiler

Vous êtes qui ?

d'Lëtzebuerger Land vom 13.03.2026

L’exposition actuelle de Lara Weiler chez ses fidèles galeristes Lou Philipps et Gérard Valerius porte un drôle de titre : Peekaboo. « coucou me revoilà ». Mais il n’est pas question du jeu d’éveil avec les bébés.

Lara Weiler transpose Peekaboo au contenu des sacs à main et pas seulement celui de ses amies – on dit qu’ils sont le miroir de la personnalité d’une femme – mais aussi de quelques hommes. C’est avec un attaché-case qu’est née l’idée de la première série (acrylique sur toile montée sur bois découpé) de tableaux en relief, dont Thiernaud avait soif. C’est faire « peekaboo » sans renverser les verres à champagne cachés dans le sac, le temps de sortir fumer une cigarette.

On rit de bon cœur, Lara Weiler raconte l’art de conjuguer le besoin pressant de nicotine et l’art de ne pas lâcher sa « Kippchen » au nez du gardien dans une foire d’art contemporain. Toutes les histoires de sacs sont véridiques. Cela peut donner un titre long, comme un amateur d’art rencontré à plusieurs reprises avec son matériel et son sac seau : In Antwerpen lief ein Mann mit einem spannenden Farbeimer durch die Gegend.

Il intriguait Lara Weiler avec son équipement scrupuleusement ordonné, fétichisé sur un objet : la photographie. Plus banal Wo ist jetzt wieder dieses Handy? Un déclenchement anxiogène qui fait encore une fois rire, car elle nous chambre tout.e.s gentiment, Lara Weiler. Le prix du stéréotype, auquel on parie, elle mettrait bien un « P » majuscule, c’est le cabas coûteux, en toile cirée, une certaine idée du luxe et (donc) The most worn bag in Luxembourg. Ces conventions, pour aller au marché le samedi matin en ville, Lara Weiler les a fixées sur un petit dessin aux crayons de couleur sur papier craft d’une spontanéité délicieuse.

C’est le seul tableau aussi où l’on voit une partie d’un corps humain, les jambes. On laisse les visiteurs de Peekaboo chercher le seul autre élément d’un corps vivant, une tête de chien, dessinée au crayon avec un tel talent qu’on pourrait presque compter les poils, des oreilles à la truffe. Elle-même dit agacer ses amis à rester plantée longtemps, analysant des peintures anciennes, les plis et replis de robes des Vierges et des nobles dames, faits d’ombres et de lumière.

Car nous y voilà : la maîtrise technique de Lara Weiler, apprise à la Hochschule der Bildende Künste Saar à Sarrebruck, fait intégralement partie de ses tableaux. Pop, hyperréalistes ? Elle-même se dit dans la filiation des grands maîtres classiques de la peinture hollandaise ou italienne. La nouveauté, depuis, Der Tuchturm, Young Luxembourgish Artists (YLA) 2023 ou Julies Garderobe, Prix Robert Schuman du CAL 2024, c’est qu’elle s’empare avec une maîtrise totale du mouvement, comme le tombé d’un pantalon (Rufus erklimmt Rominas Berg).

On avait déjà vu sa manière d’introduire un élément au trait, juste les contours d’une manche de blouse, la couleur de la toile de fond remplaçant celle du tissu ou juste un blanc, comme l’étiquette de la paire de chaussettes de Paul Smith feiert 10 Jahre in Lululand… Un tableau, raconte-t-elle, dont la précision des lignes, peintes à main levée lui a pris un temps fou et demandé une intense concentration. C’est le pourquoi des mêmes sujets que l’on retrouve illustrés en petits et en grands formats. Les premiers dessinés au crayon, sont les « repérages » des grands formats. Lara Weiler travaille au crayon sur papier, jusqu’à avoir l’assurance de l’exécution parfaite à la peinture.

Nous avons posé la question parce que, bien sûr, il y aura des mauvaises langues pour affirmer que c’est un bon « truc » commercial. Le créateur Paul Smith lui, était passé spontanément à la galerie. On ne lui a pas demandé « Vous êtes qui » ? ll reste de son passage les rayures fétiches des vêtements posés sur un fauteuil et le sac, qui prend sa forme de besace rebondie grâce au travail savant des ombres et d’un trait de lumière.

Si les propriétaires reconnaîtront leur autoportrait à travers les autres tableaux de vêtements, pour le visiteur lambda, ce sont des amas de garde-robes remplies à ras bord. Certains les considèreront comme des natures mortes et d’autres, plus audacieux, y verront des sculptures : socles-paquet pour un objet.
Une lampe canard, un pot de lavande… Tout s’emmêle et s’en mêle des vestiaires, gris-gris, tote bags, ipod. C’est un peu « girly »… mais Lara Weiler est aussi critique des réseaux sociaux et des influenceurs.

Mordue d’esthétique, les duos chaises-vêtement sont d’une grande élégance. On ne va pas manquer de suivre cette jeune artiste de 28 ans.

Peekaboo. Lara Weiler à la galerie Valerius, jusqu’au 21 mars

Marianne Brausch
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