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édito
Transfigurations
Bernard Thomas
Luc Frieden est enfin touché par la grâce de la Tripartite : La maîtrise de la temporalité politique, le court-circuitage de l’opposition parlementaire, le costume du rassembleur. Laurent Zeimet rayonnait, lui aussi, ce mardi au Parlement. La fraction CSV aurait eu confiance dans la « roueg Hand vun eisem Premierminister » : « Et on n’a pas été déçus ! » Pour la première fois en deux ans et demi, Luc Frieden sort de la défensive. Il était condamné à un accord. Il l’aura obtenu pour moins d’un demi-milliard d’euros. On verra combien de temps durera la transfiguration de Luc Frieden, avant que son entourage ne recommence à lui glisser à l’oreille l’antienne du « Gewerkschaftsstaat » et du CEO.
« De néidege Sputt » s’est miraculeusement manifesté ce mardi. Gilles Roth a annoncé la bonne nouvelle à la presse : Les recettes des cinq premiers mois de 2026 surpassent de 800 millions d’euros celles de 2025 (et de 350 millions les prévisions budgétaires). Le ministre des Finances ne pouvait (ou ne voulait) préciser l’origine de la manne : « Il existe un secret fiscal ; je ne regarde que ce qui rentre de plus dans la trésorerie ». Deux jours plus tard, sur Radio 100,7, il a évoqué « eenzel méi oder manner exzeptionell Einnamen », citant notamment les banques dont les marges ont explosé ces dernières années. La moins bonne nouvelle est presque passée inaperçue : La hausse des recettes (7,5 pour cent) est avalée par une progression des dépenses (7,3 pour cent). Gilles Roth et Luc Frieden égrènent ad nauseam le chapelet du « méi Netto vum Brutto ». Une hausse d’impôt reste anathème. Il n’y aura pas de contre-financement des mesures tripartites.
Dans le huis-clos tripartite, Gilles Roth a vite cédé à la CGFP, lui offrant une autre (la septième et demie) adaptation du barème à l’inflation. Il a donc dû concéder à peu près le même montant (120 millions d’euros) à l’OGBL et au LCGB sur le salaire minimum. En 24 heures, le gouvernement aura fini par multiplier par un facteur quatre son offre initiale (qui n’était que de 27 euros, selon le Tageblatt). Les syndicats ont sauté sur l’occasion. C’est avec un déconcertant empressement qu’ils sont repassés au syndicalisme assis et institutionnel, réhabilitant un Luc Frieden, hier encore vilipendé. Comme s’ils avaient hâte de refermer la parenthèse et d’afficher enfin un succès. David Angel, le lieutenant de Nora Back, assure le service après-vente dans le Tageblatt. L’accord serait « ein politischer Triumph ». Aucun recul que des avancées : « ein absolutes Novum ». Mais attention, ce ne serait « pas une paix sociale, mais au mieux un cessez-le-feu ».
On comprend la volonté syndicale de valoriser une victoire. Mais en affichant « une augmentation nette de l’ordre de 200 euros » du salaire minimum, l’OGBL et le LCGB se livrent aux mêmes jeux comptables qu’ils ont reproché récemment à Marc Spautz. Les syndicats cèdent à leur tour à l’amalgame entre ajustement biannuel (105 euros, un quasi-automatisme) et crédits d’impôts obtenus à la table tripartite. En fait, l’Union des syndicats a conquis 98 euros (à partir de janvier 2027), auxquels viendront s’ajouter 21 euros (en juillet 2027). Il y a un autre bémol : Ce ne seront pas les employeurs mais les contribuables qui financeront cette augmentation. Il ne s’agit donc pas d’une « hausse structurelle », puisque sa durée sera tributaire du bon vouloir politique. (« Dat ass eng Ausgab, déi da wäert rekurrent weider gefouert ginn », promet Gilles Roth sur RTL-Télé.) Étatiser une partie du salaire minimum (donc accepter implicitement que le patronat n’a pas les moyens de le financer), voilà une logique dangereuse. (On pense aux futures négociations collectives dans le privé.) Les syndicats l’ont acceptée à contre-cœur : « Nous devons vivre avec », a lâché Nora Back devant la presse à Senningen.
Refroidir l’inflation, réchauffer la planète : Le Luxembourg s’enferme dans le même cercle vicieux. Pour repousser les prochaines tranches indiciaires, l’État subventionne, de nouveau, les énergies fossiles, et ceci pour tous les consommateurs. Cette politique de l’arrosoir – ou plutôt du lance-flamme – n’a pas été remise en cause au château de Senningen (et très peu au Krautmaart). Quoique carbonée, elle présente un énorme avantage politique ; elle permet de contourner l’épineuse question de l’index. À l’issue du dernier round tripartite, Nora Back a concédé : « Dat si keng flott Mesuren, déi mir gären huelen ». « Un mal nécessaire », mais « pas dans le désintérêt des caisses publiques », minimise Roth. « C’est acceptable tant que cela reste temporaire », se rassure le LSAP. Le ministre de l’Énergie, Lex Delles, promet que le pays respectera (d’extrême justesse) sa trajectoire de décarbonation. Le gouvernement espère surtout que la remise de cinq centimes par litre sera suffisamment modeste pour ne pas attirer tous les transporteurs routiers d’Europe aux stations-service grand-ducales.
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Seit April 1998, publiziert das Land eine Künstlerseite https://www.instagram.com/landkonscht.
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