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édito
« Beflass »
Bernard Thomas
La Tripartite approche et Gilles Roth tient les cartes – une bien mauvaise main. En 2025, le déficit a atteint 1,7 milliard d’euros. C’est la performance la plus calamiteuse depuis l’annus horribilis 2020. En octobre, on tablait encore sur un solde négatif d’à peu près un milliard d’euros. Les chiffres d’avril sont (encore) pires que prévu : « Une révision à la baisse d’une telle ampleur [706 millions] ne s’était encore jamais produite par le passé », note le Conseil national des finances publiques ce mardi. La veille, dans le cadre du semestre européen, Gilles Roth tentait de rassurer : « Le gouvernement a maintenu le cap », lit-on dans le communiqué officiel qui encense une gestion budgétaire « responsable », « équilibrée », « porteuse d’un optimisme prudent ».
« Keen hat mat engem Iran-Krich gerechent », expliquait Gilles Roth jeudi dernier sur Radio 100,7. Comme si la BCL, le Statec et le CNFP n’avaient pas mis en garde contre de potentiels chocs géopolitiques et économiques. Censée amadouer les syndicats et satisfaire le patronat, la Tripartite coûtera cher. Des centaines de millions d’euros viendront s’ajouter aux dépenses qui explosent, accentuant l’effet ciseau budgétaire. Les réflexes clientélistes de Gilles Roth (appris à la mairie de Mamer) butent sur leurs limites. L’horizon est bouché : Le déficit est devenu chronique et pourrait dépasser les 2,6 milliards en 2029. La croissance est atone, tout comme la création d’emplois. Le ministre s’affiche comme le garant du « triple S » et du « triple A ». Les arbitrages seront pour plus tard. Le gouvernement reste enfermé dans la vieille logique de distribution. Un virage vers une logique de redistribution reste du domaine de l’inimaginable. Luc Frieden continue à exclure catégoriquement toute augmentation des impôts. Et ne parlons même pas des héritages en ligne directe, du patrimoine foncier et des revenus sur le capital, qui, tous, restent entièrement ou largement tax free au Grand-Duché.
Bref, la question des dépenses finira tôt ou tard par se poser. Celle de la rigueur devrait suivre ; après 2028. Pour l’instant, le ministre des Finances veut limiter la croissance des dépenses à deux pour cent, afin de se rapprocher de la « moyenne historique » et de s’aménager du « Sputt ». En 2026 et 2027, il faudrait garder « Fouss beim Mol », avance l’ancien zélateur du « Apel fir den Duuscht ». Mais avec sa réforme fiscale à 900 millions d’euros, il aura très peu de légitimité pour freiner les ardeurs de ses collègues ministres, dont la liste de vœux s’allonge à mesure que les élections approchent. Fais ce que je dis, pas ce que je fais.
En attendant, Gilles Roth mise sur une place financière dont les recettes seraient en partie « konjunktur-onofhängeg ». Chaque hausse des intérêts booste les bénéfices bancaires, et le budget d’État devrait en tirer parti. Quant à l’index, il fait mécaniquement augmenter les recettes de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. L’inflation a donc aussi du bon. Mais cette cagnotte se videra aussitôt. Reste l’option de l’endettement, la barre des trente pour cent venant d’être désacralisée par ses anciens thuriféraires. Il serait « beflass » [empressé] à garder la dette publique « sou flaach wéi méiglech », assurait Gilles Roth sur 100,7. Mais après Déi Gréng, voici Déi Lénk qui commencent à viser « le Premier ministre in spe » : « En fait, il utilise en masse les deniers publics pour faire avancer sa propre carrière politique », a lancé David Wagner ce dimanche au congrès de son parti à Mamer. Un récit qui commence peu à peu à s’imposer, mettant Gilles Roth sur la défensive. Pas une interview où il ne doive justifier l’envergure financière de sa réforme fiscale. Le ministre assure que celle-ci sera en partie financée par les tranches indiciaires qui s’accumuleront d’ici 2028 (c’est-à-dire par la progression à froid). L’argumentaire commence à tourner en rond : Après le « méi Netto vum Brutto », il faudrait donc passer par du « manner Netto vum Brutto » pour déboucher sur du « méi Netto vum Brutto » … Du moins pour les anciens de la classe d’impôt 1.
La semaine prochaine, le Statec publiera ses projections : Si elles présagent une deuxième tranche indiciaire dans l’année, la pression montera d’un cran. À peu près au même moment paraîtra la « Sonndesfro » : Si la tendance baissière du CSV s’y confirme, la nervosité parmi les élus deviendra palpable. Luc Frieden est affaibli, mais au sein du CSV, on n’attaque pas (encore) ouvertement le chef. Après les tumultes internes de 2025, on veut donner l’apparence de « Rou a Stabilitéit ». Gilles Roth s’efforce de cacher ses ambitions, assurant qu’entre lui et le Premier ministre, il n’y aurait pas « l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes ». Sans stratégie ni direction, le LSAP a jusqu’ici ménagé le ministre des Finances, voyant en lui son principal ticket pour un retour au pouvoir. Conscient de ce potentiel axe noir-rouge, le DP a de bonnes raisons de craindre une Spëtzekandidatur Roth. Que ce soit par calcul politique ou par solidarité de coalition, certains libéraux hésitent donc à (trop) déstabiliser Luc Frieden. Quant à Xavier Bettel, il a tout à gagner : au mieux, ce sera le ministère d’État en 2028 ; au pire, l’Hôtel de Ville l’année d’après. Voilà le genre de problème que tout politicien aimerait avoir.
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