€AT, un mode alternatif de production et de vente en ligne s’invite au Casino-Luxembourg. Le titre fait allusion à une table où on serait invité à déguster de l’art et à payer une addition à un prix raisonnable.
Ce jeu de mots a deux sens, bien réels. CAT (pour Contemporary Artist Things) est une plateforme numérique qui propose des éditions, des multiples et des pièces uniques et exclusives par des artistes du monde entier. La plate-forme a été créée par les Berlinois Nora Cristea et Vincent Schneider que l’on a rencontrés au Casino et qui nous ont raconté leurs débuts : « On faisait des expositions chez nous, il y avait des œuvres y compris dans la salle de bains ».
De leur appartement, ils sont donc passés à la plateforme en ligne. « Sur Contemporary
Artist Things, ajoutent-ils, on peut acheter des œuvres à des prix qui permettent à une nouvelle génération de s’acheter leurs premières pièces et de devenir les collectionneurs de demain. » On ajoutera qu’il est inutile de nous convaincre, alors que se termine une des grandes foires internationales (Art Basel Paris) où des collectionneurs richissimes ont pu acquérir des œuvres à des prix qui alignent les zéros.
Ils suivent en cela les cotes fixées par les milliardaires à qui appartiennent la Fondation Cartier (qui vient de s’installer en face du Louvre), la Fondation Louis Vuitton, ou encore la Pinault Collection.
À Luxembourg, aura lieu, fin novembre, l’Art Week, qui s’est développée sur le modèle des foires internationales. Sur les stands (prononcez « boots ») se feront à n’en pas douter des achats, même si les prix affichent quelques zéros en moins. Côté réjouissances, des « capsules » qui occupent les vitrines de boutiques vides ainsi qu’un parcours urbain de sculptures, offrent une valeur ajoutée que l’on aimerait voir toute l’année.
Mais revenons au Casino-Luxembourg et à €AT avec ses pas moins de cinquante œuvres proposées. La mise en espace est impeccable – des caissons sont incrustés dans la « table », mettant l’accent sur tel ou tel objet, mais pour des raisons de nombre et de dimension des œuvres, des mini-cimaises qui accueillent des œuvres en 2D ont été installées à la verticale. Cela empêche un aspect normalement apprécié entre convives : les discussions. L’échange était sans doute facilité à l’époque des expositions au domicile de Nora Cristea et Vincent Schneider.
Cela peut paraître anodin, mais un autre problème se pose, celui du repérage du nom des œuvres, des artistes et des prix, malgré le plan qui accompagne la publication avec l’intention d’éclairer le jeune public en particulier. On a malheureusement vu des amateurs d’art avertis plus à l’aise avec le guide papier. Preuve que la vente d’art en ligne sera gagnante dans le futur ? La clarté du site de CAT, permet une vision facilitée des œuvres de tels et tels artistes et les prix.
Mais revenons au Casino et parcourons €AT en vrai. Trois artistes ont été invités à présenter des créations : Angélique Aubrit & Ludovic Beillard, dont on ne peut rater les quatre belettes, petites poupées empaillées, habillées, à la fois attirantes et répulsives, choisies par la commissaire Agnes Gryczkowska. Vanessa Braun, invitée par Kevin Muhlen, avec Rose+Absolute, propose une sérigraphie au format réduit d’un vitrail présenté cette année à Troyes au CAC Passages et de Mariechen Danz, on verra des ex-voto en argent, un classique en remerciement d’une guérison miraculeuse. Danz a présenté Common Carrier Case au format grandeur à la Berlinische Galerie, également cette année.
Les volatiles Love of Pigeons de Sangun Ho sont tellement vrais que l’on pense les avoir croisés dehors dans la rue sans même s’en apercevoir. Sangun Hong lui les a vus et croqués avec une patience toute coréenne et a accompli le geste artistique ultime : la sublimation d’un sujet, aussi humble soit-il. Avec you-holders, une sorte de centre de table en forme de crustacés dont on ne sait s’ils vont venir vous dévorer, Anaria Onamm invite à se libérer des « ismes » et cherche de nouveaux mixages matériels à notre consommation du plastique.
L’interaction entre la présentation réelle de €AT, « banquet visuel » au Casino et l’accessibilité pour se familiariser à l’art contemporain et un mode d’acquisition sur le site CAT, Contemporary Artist Things ouvre à des expériences et des perceptions de l’art à des niveaux variés.