Une bonne tête qui ne manque pas de chapeaux

d'Lëtzebuerger Land du 20.02.2026

Le Borsalino de Mastroianni, Dolly Parton en Stetson ou encore l’inénarrable Mountain Hat de Pharrell Williams signé Vivienne Westwood : quoi de mieux qu’un chapeau iconique pour marquer les esprits, la carrière d’un designer, tout autant qu’une génération, lorsque l’impact prend haute forme ? À l’échelle luxembourgeoise, quelques chapeliers ou modistes de la capitale ont certes vêtu les têtes locales de très chics couvre-chefs, à l’instar de Marco Laux. Mais, on ne connaissait jusqu’ici que peu, voire pas de créatrice ou créateur ayant fait sienne une pratique artisanale séculaire pour l’assortir de manière pertinente à une mode contemporaine plus urbaine…

Pourtant, depuis son atelier et peu, Mauro Nivaldo Rodrigues Pires semble bien pouvoir changer la donne. Tout d’abord plutôt confidentiels, ses chapeaux Caballa se sont fait, doucement mais sûrement, une place de choix sur la scène créative locale, notamment grâce aux marchés de créateurs Augenschmaus où il pose régulièrement ses valises – à chapeaux, bien sûr. Car ses couvre-chefs sont de véritables show stoppers, qui combinent habilement une élégance audacieuse à un héritage coloré, assumé et revendiqué. Il faut dire que le métissage de Mauro s’impose presque comme un cours de rattrapage sur l’ancien empire colonial portugais en Afrique. Le créateur est né à Lisbonne en 1989, mais il retrace les origines capverdiennes de sa mère, cette dernière ayant toutefois grandi en Guinée-Bissau, tandis que son père, originaire de São Tomé et Principe, a quant à lui longtemps vécu en Angola. On comprend mieux les clins d’œil culturels que l’on peut retrouver ci et là sur tout ce qu’il propose.

Dans son parcours scolaire, rien ne laissait pourtant penser à un avenir digne d’une fashion week, monsieur ayant alors plutôt opté pour un cursus fiscal, qui semble presque prémonitoire vu son déménagement au Luxembourg quelques années plus tard. Il choisit cependant, à son arrivée, de devenir bartender et apprend le métier auprès de Raph Betti au Paname, « une envie de grand changement, tant géographique que professionnelle, après quelque temps de vache maigre au Portugal ». Mais derrière cette activité rémunératrice se cache le rêve artisanal et haut en couleurs d’un chapelier en devenir. Aujourd’hui, il n’en vit pas encore, mais la réputation de Mauro et de ses créations en font clairement un des talents locaux à suivre de près. Si la base de ses chapeaux est importée, tout le procédé d’embellissement et de personnalisation sont entièrement réalisé à la main, pièce par pièce, qu’il s’agisse de modèles d’inspiration personnelle ou créés spécifiquement pour quelqu’un, après une rencontre à son atelier. Les créations incluent de plus en plus d’éléments non conventionnels et originaux : du cuir et du métal par exemple, mais on a aussi pu découvrir en décembre dernier une version upcyclée d’un Fedora noir, utilisant une sneaker Vans déconstruite. Une référence au skateboard que l’on retrouve aussi sur les stands Cabballa lors de ses apparitions, où il utilise notamment d’anciennes planches de l’incontournable Giamba, co-organisateur des marchés créatifs Augenschmaus, comme présentoirs. Le résultat : des couvre-chefs assurément sophistiqués, pièces statement uniques qui élèvent facilement n’importe quelle tenue, même minimaliste, pour une opulence précise et qui trouve sa place sans mal dans la culture urbaine actuelle.

Outre les procédés qui évoluent et s’affinent au fil des saisons, Cabballa s’est également enrichi d’un modèle plus « passe partout », ou en tout cas plus quotidien : une casquette déclinée en une poignée de coloris, mais utilisant le même matériau solide et doux que les chapeaux de la marque. Une gamme qui touche notamment une communauté d’artistes lusophones locaux, comme le MC brésilien Nenuco, qui n’a pas hésité à mettre l’ambiance sur le stand de la griffe lors du dernier Luxembourg Design Festival, à grand coups de photo shoots et de mouvements du bassin. Une identité forte, essentielle au travail et à l’inspiration de Mauro, qui met en avant l’aspect communautaire, mais surtout pas communautariste, de son travail. Pour le créateur, qui réalise tous ses modèles depuis son humble atelier de garage, ce qui compte n’est certainement pas d’où l’on vient, mais par quoi on est animé et comment il est possible d’oser afficher son caractère, même via un « simple » accessoire. Un accessoire qui deviendra idéalement le gagne-pain de Mauro si son rêve continue de se transformer en style de vie, « avec pourquoi pas une galerie urbaine Cabballa, où l’on pourrait explorer encore plus ». D’ici là, citons Barbara : « Mais pour toi et pour moi, merci et chapeau bas. »

Fabien Rodrigues
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