Une passion inoxydable

d'Lëtzebuerger Land du 14.11.2025

Cette année, la ferronnerie d'art Besenius fête ses deux cent ans d'existence : une belle occasion d'aller visiter cette institution de l'artisanat luxembourgeois (les journalistes adorent les anniversaires). Jeff et Lex Besenius représentent la septième génération aux manettes de cette entreprise née à Niederfeulen, installée à Mertzig en 1980, qui réalise essentiellement des ouvrages métalliques modernes (garde-corps, portails, escaliers...) mais se charge aussi de la restauration du patrimoine. Besenius a ainsi travaillé sur les balcons du Palais Grand-Ducal, le portail de l'Orangerie à Echternach, sur le Musée de l'Ardoise à Martelange, sans compter les innombrables châteaux qui jalonnent le Grand-Duché. « Étant donné notre ancienneté, nous sommes parfois amenés à restaurer des pièces anciennes qui ont été créées par la ferronnerie, indique Jérémy Hainaux, co-gérant de la société. On laisse les cicatrices du passé, l'usure naturelle, on répare uniquement la casse... mais on peut tout de même améliorer la durabilité, grâce à des traitements comme la galvanisation ». Dans les belles demeures, certains propriétaires aiment mélanger ancien et contemporain, et sont friands de l'acier corten autopatinable : son aspect rouillé donne un joli cachet.

Dans l'atelier, on se laisse guider par Lex Besenius, qui se destinait depuis tout petit à reprendre l'entreprise familiale ; sauf une brève période pendant sa jeunesse, où il se voyait bien illustrateur de livres pour enfants. « Le regard artistique aide dans ce métier, explique celui qui a étudié à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Ici, je suis passé par tous les postes : le dessin, le design, la production, le montage... ». En face des stocks, où patientent de grandes plaques de métaux (aciers, aluminium, inox, laiton...), une découpeuse et une plieuse assistée par ordinateur sont les seuls appareils de haute technologie. À côté des postes de soudure, le four à charbon, le marteau-pilon, l'enclume et le marteau sont toujours au cœur d'un métier resté essentiellement manuel. À quelques semaines de la retraite, après 22 ans passés dans l'entreprise et toute une vie de forgeron, José Barros confirme que ses gestes n'ont pas changé. « Pour une pièce moderne ou pour de la restauration, c'est le même travail » dit-il.

La ferronnerie Besenius et ses 24 employés répondent à toutes sortes de commandes : une tribune pour le stade de football d'Ettelbruck voisine avec un moule en forme de sapin destiné à la pâtisserie Jos et Jean-Marie, installée à deux pas. « Nous travaillons surtout sur des projets un peu hors-normes, uniques, jamais en série » précise Lex Besenius. Une philosophie qui colle bien à l'un des plus récents projets auquel la ferronnerie participe : le module d'habitation HUUS, dont elle a assuré le développement technique et la construction. Constitué d'un container maritime réhabilité et d'une structure métallique supplémentaire pour lui ajouter un étage, il a été imaginé par le designer Steve Krack, de passage ce jour-là. « C'est une réponse à la crise du logement au Luxembourg, lance-t-il. Ce module temporaire, de conception durable, transportable partout facilement offre une solution abordable pour un jeune travailleur, un étudiant ou un réfugié ». La structure, qui trône au milieu de l'atelier, est entièrement équipée, bien isolée grâce à ses trois couches de métal sans contact : un procédé dit de rupture thermique, identique à celui utilisé pour les bouteilles isothermes.

Les époques se côtoient à Mertzig : au pied du module HUUS, un garde-corps récemment retrouvé dans les sous-sols de la Cathédrale Notre-Dame de Luxembourg est prêt à être livré, après avoir bénéficié d'un petit coup de jeune. Les emblèmes en cuivre et la main courante en laiton ont été nettoyés, et quelques pièces cassées et tordues remontées et redressées. « Même si nous sommes une entreprise moderne et que la restauration ne représente qu'une part minoritaire de notre activité, c'est pour nous une source de fierté » glisse Lex Besenius. Tout comme ces vieilles portes issues de maisons classées, impossibles à remplacer, à qui la ferronnerie offre un nouveau châssis ou une serrure plus fiable, la maison Besenius est un peu hybride : une histoire et un savoir-faire centenaires, adossés aux technologies d'aujourd'hui.

Benjamin Bottemer
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