Movember

d'Lëtzebuerger Land du 07.11.2025

Bizarrement coincé entre Halloween et le Black Friday, autant dire entre la peste et le choléra, novembre est toujours l’occasion de se demander ce que l’on fait sur cette planète. Si vous n’êtes ni adepte des bombes de glucose et d’acide citrique sous forme de friandises colorées pour des gamins bruyants arborant têtes de mort et masques à nez crochus, ni intoxiqué à l’hyperconsommation au point de préparer vos cadeaux de Noël avec un mois d’avance, vous faites partie de la catégorie de la population qui accepterait sans peine d’aller directement d’octobre à décembre. Au passage, cela épargnerait également la pénible épreuve du Beaujolais nouveau, et la météo maussade dont le refrain, tous les matins, vous répète que vous pouvez vous attendre à du « gro a naass ».

Comme si cela ne suffisait pas à notre peine, les génies du marketing ont inventé le movember. Et le marketing, c’est comme la grippe, mais sans le vaccin. On peut toujours essayer de l’éviter, il arrive un moment où l’on sera confronté au virus. C’est ainsi que nous avons tous été convertis aux gourdes en métal, alors que nous avions quitté la Spillschoul il y a plusieurs décennies. De même, sans nous en rendre compte, chacun d’entre nous a accumulé tellement de tote bags qu’ils ne tiennent même plus tous dans un grand tote bag. Certes, la plupart des hommes de plus de quarante ans échapperont à la folie des Labubus, qui constitue une nouvelle preuve que, entre l’essor de l’Intelligence Artificielle et le déclin de celle humaine, les courbes devraient bientôt se croiser. Mais il semble de plus en plus probable que tous ces hommes de plus de quarante ans vont progressivement montrer leur adhésion à la noble cause derrière ce movember : la sensibilisation aux maladies masculines.

Si j’ai bien compris le concept (mais peut-être pas), le principe est de se laisser pousser la moustache pour montrer sa solidarité, quitte à assumer un look qui ne va pas à tout le monde. En effet, alors que les maladies touchant l’appareil génital féminin sont souvent abordées chez le gynécologue, l’homme manque d’occasion de s’informer et encore plus de pratiquer des dépistages réguliers. Arborer une moustache serait donc le pendant du petit ruban rose porté au revers du col de la gent féminine durant le mois d’octobre. En plus velu et, surtout, en plus décalé. Style : il n’y a pas de tabou, si je suis prêt à me laisser pousser la moustache, c’est que je suis prêt à discuter toucher rectal ou palpation du scrotum. C’est sans doute la dernière touche qui manquait à ce mois de novembre, parler cancer des testicules ou de la prostate avec le caissier de la station-service ou ses collègues de travail. 

Si l’on repense aux moustachus célèbres, à part Chaplin et Einstein, j’avoue que j’aurais plutôt hésité à aborder tout sujet de conversation avec eux. D’Adolphe Hitler à Staline, en passant par Franco, Saddam Hussein ou le Maréchal Pétain, aucun n’a vraiment le profil du gars à qui l’on mourrait d’envie de confier des choses intimes, voire d’aborder des questions de santé mentale, puisque cette thématique fait aussi partie des sujets couverts par le movember.

Bref, les poils sont évidemment un prétexte, vous pouvez tout aussi bien vous inscrire à une conférence du CHL le 26 novembre prochain, par exemple. Ou simplement demander si vous ne devriez pas subir un petit examen la prochaine fois que vous verrez votre médecin. Et, surtout, si les chiffres vous parlent plus que les défis à partager sur les réseaux sociaux, quelques faits pas fun du tout : le cancer des testicules est la forme la plus commune de tous les cancers pour les hommes âgés entre 15 et 35 ans. Soixante hommes se suicident dans le monde chaque heure. L’espérance de vie au Luxembourg est toujours supérieure de 3,3 ans pour les femmes que pour les hommes. 

Enfin, pour ceux qui veulent vraiment arborer leur pilosité, un petit rappel, c’est dès maintenant qu’il faut se préparer pour être prêt le 4 décembre… à la Sainte-Barbe.

Note de bas de page

Cyril Boyer
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