Les COP n’ont pas bonne presse. On reproche à ces rassemblements intergouvernementaux pour le climat leur gigantisme, la complexité impénétrable des débats, les déclarations tonitruantes suivies de résultats faméliques. À cela s’ajoutent les critiques acerbes des pays du Sud, qui voient dans ces conférences l’art consommé qu’ont les pays riches pour éluder leurs responsabilités. Une caricature du Canard Enchaîné résume cette humeur. Un délégué y demande à un autre en quittant la conférence : « Le prochain échec est programmé à quelle date ? »
Pourtant, évaluer le processus onusien à l’échelle d’une seule COP est presque absurde. Stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre suppose de remettre en cause nos modes de vie, nos économies, nos relations internationales. Rien d’étonnant à ce qu’une évaluation annuelle soit peu gratifiante. Mais sur une décennie ? Depuis l’Accord de Paris, c’est une autre histoire. En 2014, l’Agence Internationale de l’Énergie projetait 51 gigatonnes d’émissions en 2050 sur la base des politiques alors en vigueur. Dix ans plus tard, cette projection est tombée à 29 gigatonnes. On est loin du net-zéro, mais ce progrès — plus de 20 gigatonnes évitées chaque année à partir de 2050 — montre que la mécanique internationale n’est pas qu’une succession « de COP en FLOP ».
Le Luxembourg en mode spectateur enthousiaste
C’est donc un ministre de l’Environnement luxembourgeois « upbeat » qui se rend à Belém pour le segment de haut niveau. Serge Wilmes (CSV) aime invoquer le leadership climatique européen et l’importance de la crédibilité. Mais, contrairement à Johny Lahure à Kyoto en 1997 ou Carole Dieschbourg à Paris en 2015, il ne présidera pas la délégation européenne : cette fois, Luxembourg joue en fond de scène.
Éloigné des discussions décisives, le ministre exercera surtout son art de la mise en scène : sa visibilité se jouera dans le décor policé des pavillons et des rencontres « parallèles » de la COP. Le Luxembourg y inaugure d’ailleurs son premier pavillon. On y discutera notamment « Turning risk into return » et « From awareness to action », avant de siroter des caipirinhas lors de la « Sustainable Finance Cocktail Reception ». Eng Klimapolitik déi begeeschtert. Et une vitrine parfaite pour rappeler la devise du gouvernement : faire de la politique climatique un outil au service du modèle de croissance — avec, au passage, un air plus propre.
Les side events qui auraient pu changer la donne
Si Serge Wilmes appliquait à son pavillon la même exigence qu’il réclame à Bruxelles, le Luxembourg pourrait surprendre. D’abord en assumant enfin sa responsabilité vis-à-vis d’ArcelorMittal, géant de l’acier domicilié au Luxembourg. Une multinationale dont l’empreinte carbone équivaut à celle de la Belgique, et qui, malgré ses promesses, recule désormais sur ses engagements de décarbonation. On imagine une annonce conjointe avec les Mittal : la publication imminente d’une stratégie de transition crédible, alignée sur 1,5 °C, assortie d’un engagement ferme du gouvernement à en garantir la mise en œuvre. Autre scène possible : Wilmes, flanqué des dirigeants de
l’ALFI et de Luxembourg For Finance, reconnaissant le poids de l'industrie luxembourgeoise des fonds d’investissement qui a franchi la barre des 6 000 milliards d’euros en septembre — mais dont même les fonds estampillés « verts » n’orientent guère plus de capitaux vers des activités réellement durables que les fonds conventionnels. Annonçant que le Luxembourg se mettra dorénavant en phase avec la Banque centrale européenne pour en finir avec la finance brune et clarifier les obligations climatiques des institutions financières.
Mais ces annonces n’auront pas lieu. Pourquoi ? Parce qu’elles contrediraient la ligne gouvernementale actuelle. Ni la mise en œuvre réelle des plans de transition, ni la responsabilisation du secteur financier ne figurent parmi les priorités. En mai dernier, lorsque la Chambre était appelée à soutenir le maintien de la clause de révision de la directive CSDDD — essentielle pour déterminer si la finance doit, elle aussi, rendre des comptes — CSV et DP, épaulés par l’ADR, ont voté contre. Quant à la clause d’application effective des plans de transition, le gouvernement l'a reléguée au rang de détail procédural.
Et ArcelorMittal ? Dans ses résultats du troisième trimestre 2025 publiés la semaine passée, l’entreprise ne souffle mot de décarbonation. Pire : elle compte sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières pour renforcer ses parts de marché, sans le moindre engagement à réduire ses propres émissions. Profiter d’une régulation climatique sans faire de la protection du climat : un cynisme sans limite.
Le verre à moitié plein — et les angles morts
Au retour de Belém, Serge Wilmes dressera certainement un bilan équilibré : de belles rencontres, un pavillon dynamique, une ambiance constructive. Rien sur l’absence de cohérence politique. Ce domaine relève du « leader incontestable », Luc Frieden.
Frieden, qui — comme Trump, Xi ou Modi — ne se rendra pas à Belém. Occupé à récupérer du jet lag de sa tournée auprès des milliardaires californiens de la tech.