« Au début de l’année, le propriétaire de la banque (l’État, ndlr) a posé la question très légitime de savoir comment nous voyons son positionnement d’ici cinq à dix ans », introduit Camille Fohl (69 ans), président de la Spuerkeess, lors d’une conférence de presse organisée à la hâte lundi après-midi. L’invitation envoyée le matin-même portait le titre « Stratégie 2030 ». La direction et l’actionnaire, représenté par l’inspecteur général des Finances (vice-président de la BCEE), Nima Ahmadzadeh, ont fait leur possible pour emballer l’annonce de la mise à l’écart de la directrice générale, Françoise Thoma (photo : sb). Celle-ci se retirerait « d’un commun accord » du comité exécutif pour laisser la place à un(e) chef(fe)-banquier(e) réputé(e) plus à-même d’accompagner la BCEE face aux « nouveaux défis » (digitalisation, crypto, etc). Le ou la potentiel(le) successeur(e) sera présenté vers la fin du premier semestre 2026. « Un grand respect pour le travail de Françoise », insiste Camille Fohl qui lui dit « merci de bien vouloir libérer son poste avant la fin de son mandat ». Françoise Thoma, proche du CSV et de Luc Frieden, la jouerait collectif. Elle reste (haut) fonctionnaire et continue de siéger au conseil d’administration en tant que « strategic advisor ».
Une journaliste relève : « Mais ces ‘nouveaux défis’ ne sont pas si nouveaux… » L’annonce sonne effectivement un peu faux. Entre août 2024 et août 2025, la BCEE a passé douze mois dans la tourmente Caritas. Ses équipes ont laissé filer plusieurs dizaines de millions d’euros, en liquidités et crédits, chez des escrocs. La CSSF a relevé des carences dans le système de suivi des opérations et a lourdement sanctionné l’établissement. Trois jours après avoir été informée de l’amende (le 5 mai), Françoise Thoma affirmait à la Chambre : « Les procédures internes ont été respectées (...), aucune faute dans le chef de la BCEE ne saurait être retenue. » Françoise Thoma a protégé ses collaborateurs. « Il était important de vérifier qu’ils avaient respecté les procédures en vigueur au moment des faits », avait-elle répété à la presse, acceptant sa responsabilité de fait. L’opposition a pointé la responsabilité politique. Le ministre de tutelle, Gilles Roth, déjà aux manettes dans le dossier Pascale Toussing (dont la gestion de l’Administration des contributions avait été pointée du doigt avant d’être « reconvertie » dans un poste de conseiller), a là aussi privilégié une sortie honorable.